{"id":507,"date":"2019-01-03T21:48:46","date_gmt":"2019-01-03T20:48:46","guid":{"rendered":"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/?p=507"},"modified":"2019-01-16T21:48:53","modified_gmt":"2019-01-16T20:48:53","slug":"radhi-meddeb-laleca-quelle-feuille-de-route-pour-la-tunisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/2019\/01\/03\/radhi-meddeb-laleca-quelle-feuille-de-route-pour-la-tunisie\/","title":{"rendered":"Radhi Meddeb: L\u2019Aleca, quelle feuille de route pour la Tunisie?"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"desc article_body\">\n<p>La Tunisie a \u00e9t\u00e9 gratifi\u00e9e, en novembre 2012, par l\u2019Union europ\u00e9enne du statut de partenaire privil\u00e9gi\u00e9. Tr\u00e8s clairement, cette offre \u00e9tait une simple d\u00e9claration politique, sans grand contenu effectif, traduisant dans l\u2019esprit de l\u2019UE le soutien que celle-ci apportait \u00e0 la R\u00e9volution tunisienne et sa reconnaissance du meilleur traitement que la Tunisie r\u00e9servait d\u00e9sormais \u00e0 la question des droits humains.<\/p>\n<p>L\u2019UE a donn\u00e9 plus tard un contenu \u00e0 cette d\u00e9claration par la proposition d\u2019un Accord de libre- \u00e9change complet et approfondi <br>Depuis cette date, la Tunisie n\u2019a pas mis \u00e0 profit les 6 derni\u00e8res ann\u00e9es ni pour \u00e9valuer ex ante l\u2019offre europ\u00e9enne, ni pour \u00e9valuer ex post l\u2019exp\u00e9rience pass\u00e9e de l\u2019accord d\u2019association de 1995, et sa composante de libre-\u00e9change, ni encore moins pour d\u00e9cliner sa vision et donner un contenu qui lui soit propre au statut de partenaire privil\u00e9gi\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, on assiste \u00e0 deux positions contrast\u00e9es vis-\u00e0-vis de l\u2019Aleca. Il y a d\u2019abord la position \u00e9pidermique et peu \u00e9tay\u00e9e du refus pur et simple, appelant \u00e0 se pr\u00e9munir contre l\u2019ouverture lib\u00e9rale qui va mettre \u00e0 mal ce qui reste du secteur \u00e9conomique que la Tunisie n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 pr\u00e9server sur les derni\u00e8res ann\u00e9es. Cette position traduit des appr\u00e9hensions l\u00e9gitimes, mais aussi des peurs et des instincts gr\u00e9gaires. Elle fait face \u00e0 celle, non moins id\u00e9ologique, de l\u2019adh\u00e9sion sans r\u00e9flexion, sans analyse et sans discernement.<\/p>\n<p>En 1995, les pouvoirs publics \u00e9taient seuls ma\u00eetres \u00e0 bord pour d\u00e9cider de l\u2019adh\u00e9sion de la Tunisie tant au Gatt et \u00eatre membre fondateur de l\u2019OMC qu\u2019\u00e0 l\u2019accord d\u2019association avec l\u2019Union europ\u00e9enne. Les d\u00e9cisions politico-technocratiques ne s\u2019embarrassaient ni de l\u2019avis d\u2019une opposition politique embryonnaire ni de celui d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile musel\u00e9e.<\/p>\n<p>Et pourtant, des \u00e9tudes prospectives d\u2019impact des effets de la Zone de libre-\u00e9change sur le tissu industriel tunisien avaient \u00e9t\u00e9 men\u00e9es et avaient permis d\u2019identifier les politiques macro\u00e9conomiques d\u2019accompagnement qui devaient \u00eatre mises en place pour que le libre-\u00e9change puisse aboutir \u00e0 des r\u00e9sultats positifs.<\/p>\n<p>Ces politiques avaient pour noms: la mise \u00e0 niveau du secteur industriel, la promotion de l\u2019investissement direct \u00e9tranger et l\u2019adoption de politiques fiscales non r\u00e9cessives. La r\u00e9alit\u00e9 aujourd\u2019hui est diff\u00e9rente. L\u2019\u00c9tat s\u2019est beaucoup affaibli, tant en termes de capacit\u00e9 de d\u00e9cision que de capacit\u00e9 de planification, de gestion et d\u2019impl\u00e9mentation. Les questions \u00e9conomiques ont \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9es depuis 2011 \u00e0 un plan subalterne, sous pr\u00e9texte que le moment \u00e9tait \u00e9minemment politique et que le temps de l\u2019\u00e9conomie viendrait plus tard.<\/p>\n<p>L\u2019administration ne peut plus d\u00e9cider seule. Elle ne se saisit m\u00eame pas de la question. Le politique a d\u2019autres pr\u00e9occupations, la t\u00eate sur le guidon. Pas moins de 11 gouvernements se sont relay\u00e9s depuis 2011, avec une moyenne de vie inf\u00e9rieure \u00e0 9 mois. Ils ont \u00e9t\u00e9 in\u00e9luctablement soumis \u00e0 la dictature du court terme, se contentant de jouer aux pompiers pour \u00e9teindre quelque peu les multiples feux sans aucune chance de se projeter dans l\u2019avenir et de r\u00e9fl\u00e9chir au-del\u00e0 de cet horizon contraint.<\/p>\n<p>Le gouvernement tunisien ne pourra pas avancer sur le dossier de l\u2019Aleca sans en d\u00e9battre publiquement, sans entendre les r\u00e9criminations des principales parties prenantes, sans leur apporter des analyses argument\u00e9es, sans trouver un modus vivendi avec les syndicats, les repr\u00e9sentants des entrepreneurs, la soci\u00e9t\u00e9 civile\u2026 Le temps des d\u00e9cisions prises \u00e0 Carthage ou \u00e0 la Kasbah est r\u00e9volu. La p\u00e9dagogie de la gestion de ce dossier reste \u00e0 trouver. Une piste possible serait celle d\u2019un mandat sollicit\u00e9 par le gouvernement aupr\u00e8s de l\u2019Assembl\u00e9e des repr\u00e9sentants du peuple. Un tel mandat donnerait \u00e0 la n\u00e9gociation et aux n\u00e9gociateurs une l\u00e9gitimit\u00e9 politique incontestable. Au jour d\u2019aujourd\u2019hui, la Tunisie n\u2019a pas de n\u00e9gociateur en chef \u00e0 plein temps pour animer et conduire les discussions avec l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<h2>La Tunisie a-t-elle une alternative \u00e0 son plus grand ancrage\/arrimage \u00e0 l\u2019Europe ?<\/h2>\n<p>La Tunisie a de tout temps \u00e9t\u00e9 fortement ancr\u00e9e \u00e0 l\u2019Europe : historiquement, g\u00e9ographiquement, culturellement, \u00e9conomiquement, financi\u00e8rement et humainement. Pr\u00e8s de 70% du commerce ext\u00e9rieur de la Tunisie se fait avec l\u2019Europe: plus de 80% de nos exportations vont vers le march\u00e9 europ\u00e9en et un peu plus de 50% de nos importations en proviennent. Tout r\u00e9\u00e9quilibrage de notre commerce ext\u00e9rieur avec le reste du monde sera une entreprise ardue et de long cours. On ne gagne pas de nouveaux march\u00e9s du jour au lendemain et le reste du monde n\u2019est pas n\u00e9cessairement preneur de nos produits.<\/p>\n<p>Notre diaspora est essentiellement europ\u00e9enne et il en est de m\u00eame des investissements ext\u00e9rieurs que nous recevons ou des touristes que nous accueillons.<\/p>\n<p>L\u2019Europe est encore aujourd\u2019hui le plus grand espace \u00e9conomique mondial. Le pouvoir d\u2019achat par habitant y est le plus \u00e9lev\u00e9. Le potentiel pour la Tunisie est donc \u00e9norme. L\u2019Afrique est un continent en \u00e9bullition, mais sa taille \u00e9conomique, son potentiel d\u2019achat restent encore tr\u00e8s faibles\u2026 bien inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux d\u2019un seul pays: la France. Le PIB de l\u2019Afrique enti\u00e8re, avec ses 54 pays, y compris ses \u00abg\u00e9ants\u00bb que sont l\u2019Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya, l\u2019\u00c9thiopie, l\u2019Alg\u00e9rie ou l\u2019\u00c9gypte est \u00e0 peine sup\u00e9rieur \u00e0 80 % de celui de la France! La part de la Tunisie dans les importations europ\u00e9ennes est insignifiante (de l\u2019ordre de 0,5%). Seules nos parts de march\u00e9 sur la France (2%), et dans une moindre mesure l\u2019Italie (1,4%) ou l\u2019Allemagne (0,4%) sont quelque peu significatives. Avec les autres pays europ\u00e9ens, la part des exportations tunisiennes oscille entre 0,1 et 0,5% du total de leurs importations. La marge de progression de nos exportations sur l\u2019Europe est immense. Il nous revient \u00e0 nous de nous organiser pour mieux conna\u00eetre leurs march\u00e9s, leurs sp\u00e9cificit\u00e9s, leurs circuits de distribution et de nous positionner en cons\u00e9quence.<\/p>\n<p>80% de nos exportations vont vers l\u2019Europe mais en r\u00e9alit\u00e9, l\u2019essentiel est concentr\u00e9 sur trois pays : la France, l\u2019Italie et l\u2019Allemagne. Plus symptomatiques de la r\u00e9alit\u00e9 de notre commerce ext\u00e9rieur, ces exportations vers la France, l\u2019Italie ou l\u2019Allemagne sont le plus souvent le fait des op\u00e9rateurs industriels de ces pays \u00e9tablis en offshore en Tunisie et qui viennent y produire un segment pr\u00e9cis de leurs cha\u00eenes de valeur pour le r\u00e9exporter et l\u2019int\u00e9grer dans leur production globale. Cela est vrai pour le textile o\u00f9 la Tunisie continue \u00e0 se cantonner largement dans la sous-traitance et l\u2019exportation de minutes de confection, sans grande valeur ajout\u00e9e. Cela est \u00e9galement largement vrai dans le secteur des industries m\u00e9caniques et \u00e9lectriques. Nous n\u2019avons pas d\u2019alternative, sur les dix prochaines ann\u00e9es au moins, que d\u2019approfondir nos relations avec l\u2019Europe, de mieux conna\u00eetre et exploiter son immense potentiel et d\u2019explorer au-del\u00e0 de l\u2019Europe le champ du possible soit par la conqu\u00eate de nouveaux march\u00e9s en Afrique et ailleurs, soit par un meilleur r\u00e9\u00e9quilibrage de nos \u00e9changes avec les pays o\u00f9 notre solde commercial est le plus d\u00e9ficitaire et qui ont pour noms aujourd\u2019hui: la Chine, la Turquie et l\u2019Italie. Avec l\u2019Europe, le taux de couverture de nos importations par nos exportations est r\u00e9guli\u00e8rement sup\u00e9rieur \u00e0 85%, alors qu\u2019il est globalement inf\u00e9rieur \u00e0 70% et la France est l\u2019un des rares pays au monde avec lequel la Tunisie a une balance commerciale exc\u00e9dentaire. Il est important, d\u00e8s lors, que toute r\u00e9orientation de notre commerce ext\u00e9rieur pr\u00e9serve ces positions avantageuses et que nous ne vendions pas la proie pour l\u2019ombre.<\/p>\n<h2>Quelles limites \u00e0 l\u2019offre europ\u00e9enne \u00e0 la Tunisie ?<\/h2>\n<p>L\u2019offre faite par l\u2019Europe \u00e0 la Tunisie, celle d\u2019un Accord de libre-\u00e9change complet et approfondi (Aleca) est importante. Elle donne un contenu au statut de partenaire privil\u00e9gi\u00e9 octroy\u00e9 \u00e0 la Tunisie depuis novembre 2012. Elle t\u00e9moigne, surtout, de l\u2019engagement de l\u2019Europe \u00e0 accompagner la Tunisie vers plus de d\u00e9mocratie, de libert\u00e9, de respect des droits humains et de dignit\u00e9 pour ses populations. N\u00e9anmoins, face aux multiples bouleversements que conna\u00eet la r\u00e9gion, le libre-\u00e9change, seul, para\u00eet insuffisamment adapt\u00e9, sinon d\u00e9cal\u00e9 par rapport aux exigences de la situation. Les nouveaux d\u00e9fis auxquels fait face la r\u00e9gion nous imposent \u00e0 tous, aujourd\u2019hui, plus d\u2019engagement, plus de d\u00e9termination et plus de solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019offre europ\u00e9enne pose le cadre et les limites des n\u00e9gociations, m\u00eame si des marges de man\u0153uvre restent importantes. Dans toute n\u00e9gociation, l\u2019avantage est \u00e0 celui qui a la main, qui propose le texte \u00e0 n\u00e9gocier. D\u00e8s lors, les d\u00e9s sont pip\u00e9s. L\u2019avantage est \u00e0 l\u2019Europe. Un nouveau logiciel s\u2019impose entre la Tunisie et l\u2019Europe. Il reste \u00e0 inventer.<\/p>\n<p>La paix, la s\u00e9curit\u00e9 et le d\u00e9veloppement inclusif en Tunisie sont un bien public global. Leur prise en charge ne peut plus, en aucun cas, relever de la responsabilit\u00e9 de la seule Tunisie. Si ces exigences majeures ne sont pas r\u00e9unies, rien n\u2019arr\u00eatera les flux migratoires, ceux l\u00e9gaux et surtout ceux ill\u00e9gaux. Rien ne freinera l\u2019attrait que pourraient exercer le terrorisme, le djihadisme et toutes les formes d\u2019extr\u00e9misme sur les exclus du d\u00e9veloppement, les laiss\u00e9s-pour- compte d\u2019une mondialisation insuffisamment heureuse pour beaucoup.&nbsp; L\u2019Europe est \u00e0 la veille d\u2019\u00e9lections majeures qui risquent de battre les cartes de sa g\u00e9ographie partisane. Cinquante nuances de brun sont en train de voir le jour un peu partout avec la mont\u00e9e du populisme d\u00e9magogique, du nationalisme identitaire, de la x\u00e9nophobie et du repli sur soi. Il y a de fortes chances que le nouveau Parlement europ\u00e9en s\u2019inspire de slogans d\u00e9velopp\u00e9s ailleurs et proclame: Europe First&#8230;! qu\u2019il se d\u00e9tourne de toute coop\u00e9ration internationale et renie les propositions d\u2019int\u00e9gration approfondie d\u00e9j\u00e0 faites par ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs.<\/p>\n<h2>Quelle feuille de route de l\u2019Aleca pour la Tunisie ?<\/h2>\n<p>M\u00eame si la Tunisie n\u2019a pas d\u2019autre alternative cr\u00e9dible que de s\u2019engager dans cet accord, cela ne d\u00e9douane en rien les deux parties, tunisienne et europ\u00e9enne, de s\u2019engager dans une d\u00e9marche plus solidaire et en rapport avec les multiples d\u00e9fis de l\u2019heure. L\u2019Europe a l\u2019obligation morale et politique de faire preuve de plus d\u2019engagement et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Il y va de son propre int\u00e9r\u00eat. La Tunisie, de son c\u00f4t\u00e9, a l\u2019obligation de cesser de tergiverser, d\u2019engager un dialogue franc et massif avec toutes les parties prenantes. Elle devrait pr\u00e9parer et mettre sur la table son offre propre traduisant sa vision du devenir des relations tuniso-europ\u00e9ennes. La premi\u00e8re initiative que les pouvoirs publics devraient prendre est celle de nommer un n\u00e9gociateur en chef, \u00e0 temps plein, avec rang de ministre et directement rattach\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence de gouvernement. Ce serait l\u00e0 le premier signal de l\u2019engagement effectif de la Tunisie dans la prise en charge responsable de ce dossier.<\/p>\n<p>Dans sa n\u00e9gociation avec l\u2019Union europ\u00e9enne, la Tunisie devrait se concentrer sur quelques \u00e9l\u00e9ments forts, traduisant les exigences de sa soci\u00e9t\u00e9 civile, de sa jeunesse, de ses femmes, de ses professionnels, de ses agriculteurs et de ses entrepreneurs. Cela pourrait concerner :<\/p>\n<ul>\n<li>La lev\u00e9e de toutes les barri\u00e8res non tarifaires non justifi\u00e9es techniquement ou \u00e9conomiquement,<\/li>\n<li>La libre circulation des professionnels et des \u00e9tudiants,<\/li>\n<li>L\u2019acc\u00e8s au programme d\u2019\u00e9change Erasmus pour l\u2019ensemble des \u00e9tudiants tunisiens,<\/li>\n<li>La lutte concert\u00e9e contre le pillage organis\u00e9 des comp\u00e9tences tunisiennes et a minima, une compensation financi\u00e8re juste pour couvrir les co\u00fbts du brain-drain,<\/li>\n<li>La mise \u00e0 niveau du secteur agricole,<\/li>\n<li>Le b\u00e9n\u00e9fice de programmes de jumelage pour la modernisation de l\u2019administration et sa r\u00e9forme,<\/li>\n<li>L\u2019acc\u00e8s aux fonds structurels pour l\u2019am\u00e9nagement du territoire,<\/li>\n<li>La mutualisation des moyens en mati\u00e8re de protection civile et de s\u00e9curit\u00e9 ext\u00e9rieure,<\/li>\n<\/ul>\n<p>La plupart de ces propositions effraient nombre de nos partenaires europ\u00e9ens. Elles leur semblent utopiques sinon dangereuses pour leur s\u00e9curit\u00e9. Et pourtant, les visas n\u2019ont pas toujours exist\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 et les flux migratoires \u00e9taient mieux ma\u00eetris\u00e9s sans visa, sans Schengen, sans Frontex. La Commission europ\u00e9enne \u00e9vacue la question en arguant du fait que la question rel\u00e8ve des Etats membres. La lib\u00e9ralisation du secteur des services ne pourra se faire de mani\u00e8re \u00e9quilibr\u00e9e que si les professionnels \u00e9taient exon\u00e9r\u00e9s de visa pour leur libre circulation. Aujourd\u2019hui, la situation est dissym\u00e9trique et cela ne permet pas \u00e0 des professionnels tunisiens de se positionner sur des march\u00e9s de service tant que leur pr\u00e9sence sur les lieux d\u2019ex\u00e9cution de ces contrats reste al\u00e9atoire et hypoth\u00e9tique.<\/p>\n<p>La lib\u00e9ralisation des \u00e9changes agricoles ne pourra se faire que dans la dur\u00e9e et suite \u00e0 une mise \u00e0 niveau importante du secteur agricole tunisien et de ses intervenants en termes de vulgarisation, de formation et d\u2019acclimatation aux normes europ\u00e9ennes. L\u2019agriculture ne doit pas \u00eatre uniquement appr\u00e9hend\u00e9e comme un secteur \u00e9conomique sous le seul angle de sa contribution au PIB. L\u2019agriculture est multiforme en Tunisie. Elle recouvre des r\u00e9alit\u00e9s diverses, allant de l\u2019agriculture intensive assurant l\u2019essentiel de la production nationale \u00e0 l\u2019agriculture extensive pourvoyeuse d\u2019activit\u00e9 et de revenus \u00e0 une part importante de la population rurale. Au-del\u00e0 de ces deux dimensions, l\u2019agriculture contribue \u00e9galement \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement du territoire. Elle permet de fixer les populations sur leurs terres d\u2019origine. Elle permet de pr\u00e9server la diversit\u00e9 culturelle et le patrimoine immat\u00e9riel.<\/p>\n<p>La convergence juridique et r\u00e9glementaire n\u2019a de chance d\u2019aboutir que si elle \u00e9tait accompagn\u00e9e d\u2019une v\u00e9ritable mise \u00e0 niveau de notre administration, au moins dans ses fonctions r\u00e9galiennes de justice, de s\u00e9curit\u00e9, de maintien de l\u2019ordre et de respect des droits humains. La multiplication des op\u00e9rations de jumelage pourrait acc\u00e9l\u00e9rer le transfert et l\u2019appropriation des savoir-faire.<\/p>\n<p>La convergence normative pourrait aider l\u2019\u00e9conomie tunisienne dans son insertion dans l\u2019\u00e9conomie mondiale. Elle obligerait des pans entiers de l\u2019industrie \u00e0 se mettre au diapason des normes internationales et \u00e0 mieux se pr\u00e9parer \u00e0 la concurrence globale. \u00c9videmment, cela ne sera pas du go\u00fbt de bien des op\u00e9rateurs, habitu\u00e9s \u00e0 ronronner \u00e0 l\u2019ombre de protections douillettes et de situations de rentes et de privil\u00e8ges.<\/p>\n<p>Les nouvelles fractures g\u00e9opolitiques font planer, sur l\u2019ensemble de la r\u00e9gion, une menace globale d\u2019extr\u00e9misme, de violence radicale et d\u2019obscurantisme. Le libre-\u00e9change n\u2019est plus ni suffisant ni adapt\u00e9. Il faut passer \u00e0 une d\u00e9marche globale et structurante. La Tunisie est le dernier espoir r\u00e9gional. L\u2019Europe devra faire preuve de lucidit\u00e9 dans son accompagnement. En aidant la Tunisie, l\u2019Europe s\u2019aiderait elle-m\u00eame. Elle se pr\u00e9serverait des risques de d\u00e9stabilisation et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e0 son flanc sud. En conclusion : allons plus vite sur l\u2019Aleca, faisons-le dans la transparence et dans la l\u00e9gitimit\u00e9 politique. Soyons demandeurs de plus de solidarit\u00e9 et d\u2019appui pour que de tels accords soient au service des peuples et de leurs soci\u00e9t\u00e9s civiles, qu\u2019ils favorisent l\u2019inclusion et non l\u2019exclusion et la marginalisation.<\/p>\n<p><strong>Radhi Meddeb<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sitewrap\">\n<div class=\"content\">\n<div class=\"container inner\">\n<div class=\"row\">\n<div class=\"hidden-xs col-sm-4 col-md-4\">\n<div class=\"box\">\n<div class=\"content_box\">\n<div class=\"row\">\n<div class=\"col-xs-3 thumb\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"col-xs-9 desc\">&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<footer>\n<div class=\"leadersFooter\">\n<div class=\"container\">\n<div class=\"row\">\n<div class=\"col-xs-12 col-sm-12 col-md-6\">\n<div class=\"socialMedias\">&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/footer><\/div>\n<div class=\"hiddendiv common\">&nbsp;<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Tunisie a \u00e9t\u00e9 gratifi\u00e9e, en novembre 2012, par l\u2019Union europ\u00e9enne du statut de partenaire privil\u00e9gi\u00e9. Tr\u00e8s clairement, cette offre \u00e9tait une simple d\u00e9claration politique, sans grand contenu effectif, traduisant&hellip; <a class=\"excerpt-more-link\" href=\"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/2019\/01\/03\/radhi-meddeb-laleca-quelle-feuille-de-route-pour-la-tunisie\/\">Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":513,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[9],"class_list":["post-507","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-publication","tag-slider"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/507","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=507"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/507\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":514,"href":"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/507\/revisions\/514"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/513"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=507"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=507"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amitie-tuniso-allemande.de\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=507"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}